Édito — Par Jean Widner DIEUJUSTE
En Haïti, la sécurité doit se mesurer à une possibilité simple : sortir de chez soi et rentrer vivant. Aller à l’école, rejoindre un hôpital, traverser une route sans payer sa liberté à un homme armé. C’est à cette échelle, celle des vies ordinaires, que doivent être évaluées les décisions de l’État et de ses partenaires.
Le 2 octobre 2026, devant le Conseil des droits de l’homme, Volker Türk a rappelé l’ampleur des violences et appelé à une réponse qui dépasse le seul terrain militaire. Son intervention invite à poser une question que les annonces de déploiement ne peuvent résoudre à elles seules : qui protège effectivement la population, et comment rendre compte de cette protection ?
La force doit protéger ceux qui la subissent
Les habitants ont besoin de moyens capables de contenir les groupes armés. Il serait vain de demander à une famille menacée de patienter jusqu’à la réforme de toutes les institutions. L’urgence sécuritaire est réelle.
Mais cette urgence impose aussi des exigences. Le Haut-Commissaire exprime de sérieuses préoccupations sur l’usage de la force lors des opérations de sécurité et sur leurs conséquences pour les civils. Ces observations doivent être examinées, documentées et suivies d’enquêtes. Une intervention qui expose les habitants à de nouveaux dangers doit pouvoir être corrigée.
Les droits humains donnent ici une règle concrète : protéger les personnes, limiter les dommages et établir les responsabilités. Cette règle doit encadrer aussi bien les acteurs publics que les intervenants privés.
Remonter jusqu’aux réseaux qui entretiennent la violence
Türk souligne également le rôle des soutiens aux réseaux criminels, l’importance des sanctions et la nécessité d’interrompre les flux illicites d’armes. Cela déplace le regard vers les mécanismes qui permettent aux groupes armés de durer.
Une politique de sécurité doit donc suivre l’argent, les armes et les appuis qui alimentent la violence. Sans ce travail, les opérations risquent de produire des gains fragiles, tandis que les réseaux conservent les moyens de se reconstituer. L’action internationale devrait être jugée sur la mise en œuvre de ses engagements autant que sur leur annonce.
Faire de la vie quotidienne un critère de résultat
Quels axes sont redevenus praticables ? Quelles écoles accueillent de nouveau leurs élèves ? Les habitants peuvent-ils recevoir des soins et signaler une menace sans s’exposer davantage ? Ces questions devraient guider le suivi des politiques de sécurité.
La même exigence concerne les élections. Dans son intervention, Türk doute que les conditions d’un scrutin crédible soient réunies dans le courant de l’année. Cette appréciation doit nourrir un débat sur les garanties nécessaires : liberté de déplacement, possibilité de participer sans intimidation et protection des citoyens.
Un calendrier ne suffit pas à rendre ces garanties réelles. Il appartient aux responsables de montrer comment elles seront assurées, et à la société civile de pouvoir en discuter librement.
Des vies entières derrière les bilans
Pour Lèt ak sitwon, écrire sur Haïti exige de garder les personnes dans le champ du récit. Derrière un déplacement forcé, il y a une maison abandonnée, une scolarité interrompue, des liens dispersés. Les chiffres éclairent l’ampleur d’une crise ; ils ne racontent pas tout ce qu’elle détruit.
Cette attention aux vies doit aussi orienter le débat public. La protection exige une force encadrée, une justice capable d’agir et des services accessibles. Elle demande des résultats que les habitants puissent constater.
La sécurité retrouvera son sens lorsqu’elle rendra à chacun le droit de vivre ses journées sans les organiser autour de la peur. C’est cette promesse-là qu’il faut désormais tenir.
Cet édito propose une lecture de l’intervention de Volker Türk ; les constats institutionnels restent attribués à leur source.
Source : Volker Türk, Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, présentation du 2 octobre 2026. Consulter la présentation et la vidéo de l’ONU.
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