Il a soixante-deux ans, et il les portes comme on porte une conviction : sans détour. Daniel Cimon est poète — pas depuis hier, pas par accident, mais depuis cette nuit d'enfance où, caché sous une table à la lueur d'une lampe à pétrole, il démontait déjà les mots pour en comprendre l'architecture. Son père, Evariste, l'avait surpris ce soir-là et s'apprêtait à le punir. L'enfant, terrorisé, avait lâché une phrase qui allait décider de tout : « Papa, je veux être poète. » L'homme avait ri. La sanction s'était volatilisée dans ce rire. Et une vocation était née.
Aujourd'hui, l'auteur marie-galantais compte trois recueils à son actif — Plaisir d'écrire (2020), Renaissance (2023) et À l'ombre des anges (2024), tous parus aux éditions Jets d'encre — ainsi qu'un prix littéraire remporté en 2024 dans la catégorie poésie. Il a été l'invité d'honneur de Morne-à-l'Eau, parrain d'un événement culturel à Darboussier, mis à l'honneur par les municipalités de Sainte-Rose et de Pointe-à-Pitre. Une reconnaissance qui, loin de l'installer dans le confort, semble n'avoir fait que confirmer une évidence plus ancienne : que l'écriture, chez lui, n'a jamais été un choix de carrière, mais une nécessité.
Une vocation née dans les marges
Rien, pourtant, ne prédestinait Daniel Cimon aux lettres. Issu d'une famille modeste, peu encline aux « joies de l'écriture », il a dû apprendre à écrire contre les évidences de son milieu. On lui a répété que la poésie n'était pas pour lui, qu'elle était affaire de marginaux, une discipline sans utilité pour quelqu'un de son rang. Il a tenu bon. « La persévérance et la pertinence m'ont permis de comprendre que la poésie est indispensable pour mieux appréhender et comprendre les turpitudes du monde », confie-t-il. Une philosophie qui a fini par devenir une éthique de vie : refuser les assignations, qu'elles viennent de la classe sociale ou des a priori sur sa créolité.
Cette lutte-là, il ne la présente jamais comme une plainte. Chez Cimon, l'adversité se transforme en matière littéraire. Baudelaire, Lamartine, Césaire, Tirolien, Saint-Exupéry : ce sont ces auteurs, découverts au lycée, qui ont donné forme à son goût pour la langue. Mais c'est la Guadeloupe — son identité, sa richesse culturelle, sa créolité — qui reste la matrice silencieuse de toute son œuvre. « L'écriture respire les valeurs culturelles et identitaires de celui que je suis », résume-t-il, avec la simplicité de ceux qui n'ont plus besoin de prouver quoi que ce soit.
L'humanisme comme boussole
Interrogez Cimon sur ses thèmes de prédilection, et c'est un inventaire de l'humain qui se déploie : la noblesse du monde, l'environnement, l'amour sous toutes ses formes, la liberté — cette tension permanente entre ce qui est permis et ce qui est dû à autrui. Rien d'abstrait dans cette énumération : chez lui, l'inspiration ne connaît aucune limite thématique, parce que la vie toute entière lui semble relever de la poésie. « L'inspiration devient la respiration de la pensée quand elle s'associe à la réalisation », dit-il — une phrase qui pourrait résumer, à elle seule, toute sa poétique.
Cet humanisme ne se réfère pas à lui-même. Cimon observe avec un optimisme mesuré la nouvelle génération d'écrivains, portée selon lui par une créativité décuplée depuis la période Covid. Il y voit un signe encourageant : que la littérature juvénile explose, malgré la dématérialisation croissante, prouve à ses yeux qu'elle a encore de beaux jours devant elle.
Ce qui vient
À l'heure où beaucoup se contentaient de gérer un patrimoine, Daniel Cimon prépare déjà la suite. Un quatrième recueil de poèmes est en chantier, porté par une sensibilité qu'il annonce différente des précédents. Un projet de patiente romaine en jachère. Un spectacle littéraire se dessine à l'horizon. Autant de formes nouvelles pour une même exigence : ne jamais se répéter, toujours se redécouvrir.
Et si l'on devait retenir une seule leçon de cet homme qui a fait de la persévérance une discipline d'écriture, ce serait peut-être celle-ci, qu'il s'adresse à quiconque hésite encore à se lancer : « Rien n'est impensable. Nul n'est infaisable. Seule la croyance en soi te donne un certain élan. »
Il conclut son message aux lecteurs de Lèt ak Sitwon par un adage créole qui, sous sa plume, prend des airs de testament : « Tan aw pa taw mé sé lespwi aw ki taw » — ton temps ne t'appartient pas, mais ton esprit, lui, t'appartient.
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Commentaires
C'est toujours réjouissant de lire les vers de tes idéologies plein de succès pour toi